En intégralité, l'allocution de Martine AUBRY au colloque des « reconstructeurs ».
Martine AUBRY a conclu la table ronde sur le thème « le pacte
républicain », dimanche 1er juin 2008 à Paris.
"Quelle belle idée de terminer cette journée par le pacte républicain, mis a mal aujourd’hui dans notre pays.
La laïcité en est indissociable. Je souhaite dire après beaucoup d’autres que si la loi française a permis une telle décision de justice scandaleuse et ignomineuse, annulant un mariage pour cause
de non-virginité, alors changeons la loi. Quelle régression pour toutes les femmes de ce pays et pour tous les républicains !
Le pacte républicain est aujourd’hui aussi remis en cause quand les enfants n’ont plus la même chance de réussir à l’école, ou les jeunes de trouver un emploi parce
qu’ils n’ont pas de carnet d’adresse, quand la santé devient un bien coûteux, quand ceux qui travaillent n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Voilà ce qui arrive quand on laisse les principes
du marché envahir toute l’économie, y compris nos biens collectifs, et même la société.
La liberté individuelle, tant prônée par la droite, devient aujourd’hui individualisme et égoïsme, la concurrence sans règles sur les marchés comme entre les
personnes impose la loi du plus fort, la préparation de l’avenir s’efface devant la rentabilité financière à court terme. Ceci est vrai chez nous, mais aussi dans le monde où la crise alimentaire
en Afrique comme les intégrismes se nourrissent de la violence engendrée par cette loi du plus fort et des inégalités.
Et le pire dans tout cela, c’est que les français ont commencé à croire que les protections et les règles portaient atteinte à leur réussite individuelle, et que le
mieux était de se débrouiller seul contre les autres. C’est ainsi que dans notre société chacun envie celui qui a plus (le chômeur le CDD qui lui-même envie le CDI) et que l’alpha et l’oméga
devient la une recherche jamais aboutie du toujours plus de biens de consommation.
N’’est-on pas en partie responsable de cette situation quand nous n’avons pas eu le courage de défendre haut et fort nos valeurs, de dire que la liberté ne pouvait
exister sans égalité, que la justice devait être au coeur de toutes les questions, notamment dans la distribution des richesses, ici en France comme ailleurs dans le monde ? N’est-ce pas
notre faute quand nous avons oublié la politique, c’est-à-dire porter une vision, donner un sens, et non demander chaque matin aux gens ce qu’ils veulent ou prononcer la « petite
phrase » qui pourrait leur plaire ?
Alors disons clairement : il n’y a pas d’ordre sans justice, qu’il nous faut réinventer des règles qui encadrent et qui protègent car nous savons que les
crises énergétiques, écologiques, sociales, alimentaires et financières ont aujourd’hui une cause en commun : l’absence de régulation.
La vraie modernité est bien là. Nicolas Sarkozy est archaïque lorsqu’il pense qu’il faut déréguler et faire reculer toujours plus l’Etat et les services publics. Ce
que nous voulons nous mes chers camarades, ce n’est pas un marché. Nous voulons une société. Une société où chacun peut réussir sa vie et où nous puissions vivre bien tous ensemble.
Alors à cette France d’individus livrés à eux-mêmes, nous opposons une société de citoyens, c’est à dire d’hommes et de femmes dotés de droits réels, donnant à
chacun les moyens de prendre sa vie en main, mais devant aussi respecter les règles et les autres ; une société d’hommes et de femmes porteurs d’identité : la culture, l’orientation
sexuelle, l’attachement à son territoire, mais aussi porteurs de valeurs collectives, de laïcité, de solidarité et de tolérance. Pour réussir cela, le travail est immense. Il nous faut
réconcilier les aspirations individuelles et les protections collectives, réinventer les réponses d’aujourd’hui. En effet, le monde a changé. Nous devons le regarder.
Notre projet doit prendre en compte l’éclatement de la famille, les changements de métiers et d’entreprise, l’augmentation de l’espérance de vie imposent par
exemple d’inventer de nouvelles protections. De nouvelles réponses : révolutionner l’Etat et les services publics. Nous n’avons pas travaillé. Nous devons trouver des réponses personnalisées
en matière pédagogique et d’accompagnement de chaque enfant à l’école, nous devons mettre en place une sécurité professionnelle tout au long de la vie, pour permettre à chacun de progresser et de
voir augmenter sa rémunération.
Mais nous devons aussi convaincre les français qu’il nous faut dépenser plus en matière de santé et d’éducation dans un pays développé, et que l’accumulation de
biens est sans doute moins porteuse de bonheur que notre capacité à bien vivre ensemble. Certaines de ces réponses nous les avons déjà nous qui gérons tant de régions, départements et de
villes ; Et nous devons remettre nos élus au cœur du parti. Et puis ne soyons pas frileux sur ce que nous sommes. Soyons fiers des congés payés, de l’abolition de la peine de mort, de la
parité, du pacs, des 35h, de la CMU...
Mais soyons aussi enthousiastes à inventer le projet d’aujourd’hui pour retrouver les chemins d’une croissance forte et durable alors que la droite rate aujourd’hui
le rendez-vous historique de la compétitivité, mais aussi pour redonner sa chance à chacun, pour construire un monde plus juste et moins dur, aux côtés de chez nous comme dans le monde grâce à
une europe forte et sociale.
Je veux retrouver la gauche collective, créative, solidaire et joyeuse. Ne perdons pas notre temps dans des querelles internes dépassées : notre capacité à
gouverner n’est plus à démontrer, nous sommes tous européens, profondément écologiques, nous mettons la question sociale au coeur de notre projet. Bref, nous sommes socialistes. Ne gaspillons pas
non plus notre énergie dans des conflits de génération. Nous avons besoin de tous.
Oui, je veux retrouver cette joie d’être de gauche, d’être à gauche. Mes camarades, nos valeurs constituent la véritable identité de notre pays. La France n’a
jamais été aussi forte dans son histoire et les français jamais aussi heureux que lorsqu’ils ont été unis par la fraternité et ont porté haut les droits de l’homme ici et ailleurs. Redonnons-leur
cette envie. Faisons-le ensemble.
A cet égard, j’ai aimé cette journée où chacun est arrivée avec son histoire, a laissé à la porte nos petites querelles, et est entré ici avec la force de nos
convictions communes. J’ai aimé cette journée où le respect a régné. Dans quelques jours, nous déposerons des contributions différentes. On a moqué notre démarche. Et pourtant nous ne voulons pas
d’accomodement artificiel.
Travaillons sur nos contributions, échangeons, inventons. C’est comme cela que l’on respecte les militants. Emparons-nous du débat d’idée. C’est cela le débat
socialiste et non pas le choc de personnalités. Je suis déterminée à ce que nous gagnions ensemble cette bataille car alors le congrès sera réussi. Les Français nous regardent. Ils attendent de
nous une autre perspective. Ils veulent que nous soyons à la hauteur. Moi je suis comme vous, je souhaite l’être. Alors avançons ensemble."
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C'est un fait :
Oui. Et si Martine était la dame du rassemblement.
La lecture de son intervention du 1er juin permet d'être optimiste sur cette idée. Les "nous", les "ensemble", les "militants", les "collective" ... sont des mots forts, sont les mots que les
militants veulent entendre.
En plus, elle est entourée de 3 tendances, Fabius, DSK et Montebourg (ex Ségolène) ; c'est déjà en soi, un essai de rassemblement. Attendons ...
Lors d'autres déclarations, Martine semble ignorer la démocratie participative,
c'est, selon moi, par "jeu" politique, elle veut se situer sur un autre chemin que Ségolène mais, dans sa bonne ville de Lille, la démocratie participative fait partie du paysage. C'est la
combinaison de la démocratie participative et de la démocratie représentative qui donnera de bons résultats ; cette combinaison est très souvent utilisée dans les communes ; il suffit seulement
de reconnaître l'ordre des choses ; la décision revient toujours à l'élu.
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